Karl Lagerfeld : l'insaisissable Kaiser est mort

Karl Lagerfeld : l'insaisissable Kaiser est mort

Karl Lagerfeld


Publié le 19 Février 2019 | khippi.com




Ambassadeur de l'élégance à la française, le créateur de mode et photographe Karl Lagerfeld est mort ce mardi 19 février, à l'âge de 85 ans.



Le couturier Karl Lagerfeld, surnommé "le Kaiser de la mode", est mort ce mardi 19 février à l'âge de 85 ans. Il était depuis 1983 le directeur artistique de la maison Chanel.

Le 22 janvier dernier, il était absent du traditionnel défilé Chanel au Grand Palais, en pleine Fashion Week parisienne. Invoquant la "fatigue", il n'était pas venu saluer le public, comme il avait coutume de le faire.

Celui dont l'année de naissance est un mystère (1933, 1935 et 1938 ont été tour à tour évoquées au cours de différentes interviews) est né à Hambourg dans le nord de l'Allemagne. "Je ne le dirai jamais, et puis il y a des choses que je ne sais pas moi-même", avait-il expliqué au Monde, qui lui a consacré une série l'été dernier. Il grandit dans une famille à l'ombre de sa mère, Elisabeth Lagerfeld, dont il est le portrait craché. Il l'a souvent décrite comme assez cruelle et castratrice, évoquant par exemple cette anecdote:

"Je voulais à tout prix apprendre le piano. Au bout d'un an de cours, ma mère m'a foutu le couvercle sur les doigts et elle m'a dit: 'Dessine, ça fera moins de bruit''. Elle avait raison", livrait-il ainsi à Libération en 2017.

C'est avec elle qu'il s'installe à Paris, en 1952. Après ses études, il décroche le premier prix du "Secrétariat international de la laine - en dessinant un manteau jaune jonquille, décolleté dans le dos - ex aequo avec un certain... Yves Saint Laurent. Il devient dans la foulée l'assistant de Pierre Balmain, avant d'être affecté à la direction artistique de Jean Patou en 1957, puis de Chloé de 1963 à 1984, mais aussi de la ligne prêt-à-porter Fendi, où il exerce depuis 1965.

Dépoussiérer Chanel

Nommé directeur artistique des collections Haute couture, prêt-à-porter et accessoires de Chanel en 1983, il sauve la luxueuse marque qui risquait pourtant de fermer. Il oeuvre à dépoussiérer la marque, fait signer un contrat d'exclusivité au mannequin Inès de La Fressange pour représenter la maison, remet au goût du jour les codes du style Coco Chanel (le tweed, le noir et blanc...). "J’ai gardé l’esprit Chanel, mais je lui ai donné un petit côté up to date", explique-t-il à l'époque de son premier défilé. Stakhanoviste jusqu'au bout de ses ongles manucurés, il lance en parallèle, sa propre marque éponyme, en 1984. Les auteurs du livre Le monde selon Karl, compilation de ses meilleures citations, lui prêtent cette phrase: "Mon fond de commerce a toujours été de travailler plus que les autres pour leur montrer leur inutilité".

Karl Lagerfeld tire de sa rencontre avec Andy Warhol dans les années 1960, de précieux enseignements: construire un personnage et une légende. Il accessoirise ainsi son look, adopte l'éventail, les lunettes fumées, le catogan, plus tard les cheveux poudrés, qui le rendent si reconnaissable. Son humour, sa culture, son sens de la répartie lui inspirent de savoureux et cruels aphorismes, qu'il lâche de son débit de mitraillette et qui deviennent aussi sa marque de fabrique ("Je pense que les tatouages sont horribles, c'est comme porter une robe Pucci à vie", "Le régime est le seul jeu où l'on gagne quand perd"...).

Saint Laurent, son fragile contemporain, sera longtemps son grand rival. En mode, mais aussi en amour: il partageront une passion commune pour Jacques de Bascher jet-setteur oisif, compagnon de Lagerfeld et amant de Saint Laurent. De Bascher meurt du sida en 1989.

A l'aise derrière l'objectif, passionné par l'art et l'image, il réalise la plupart des campagnes publicitaires des collections qu'il créé. Plusieurs ouvrages documentent les diverses séries photo qu'il a réalisées pour des magazines ou des marques. A partir de 2012, il s'amuse à mettre en scène son chat Choupette, source d'inspiration, dans des publicités Shu Uemura ou Opel.

Fin businessman, il a su avant capter l'évolution du secteur de la mode, qui s'industrialise au tournant des années 1990. Karl Lagerfeld est aussi le premier couturier à créer une collection capsule pour le géant suédois H&M, en 2004. Les boutiques de la marque sont prises d'assaut, les trente pièces exclusives se vendent en quelques minutes.