Nouveau vendredi de contestation en Algérie, le dernier avant le ramadan


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Nouveau vendredi de contestation en Algérie, le dernier avant le ramadan

contestation en Algérie

Publié le 3 Mai 2019 | khippi.com






Difficile à évaluer précisément faute de chiffres officiels disponibles, la mobilisation, qui reste très forte, a semblé néanmoins en baisse à Alger, où il a plu en matinée, selon des journalistes de l'AFP.

Le carrefour devant la Grande Poste d'Alger, devenue le point de ralliement des manifestations dans la capitale, était noir de monde comme chaque vendredi et le cortège remontait sur plusieurs kilomètres le long d'un des principaux axes de la ville, qui y débouche.

De nombreux manifestants ont également défilé dans d'autres villes du pays, notamment Oran, Constantine et Annaba, respectivement 2e, 3e et 4e villes du pays, selon des journalistes locaux ou des habitants. Dans la région de Kabylie, à l'est d'Alger, des manifestations ont également eu lieu à Tizi-Ouzou ou Bouira, selon un journaliste local et des habitants, mais aussi à Béjaia, selon les réseaux sociaux.

Le site d'information TSA (Tout sur l'Algérie) a également constaté des manifestations dans au moins quinze autres régions du pays.

À Alger et ailleurs, les manifestants se sont dispersés autour de 18 h (heure locale), sans incident signalé.

Homme fort de facto du pays depuis qu'il a lâché le président Abdelaziz Bouteflika, dont il était un indéfectible soutien depuis 15 ans, le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, était particulièrement visé vendredi par les slogans à Alger et ailleurs.

« Gaïd Salah, dégage! », ont scandé notamment les manifestants. « Non au pouvoir militaire », pouvait-on lire sur certaines pancartes à Alger.

Perçu par la contestation comme un allié quand il a obtenu la démission du chef de l'État, son appui désormais réitéré semaine après semaine au processus de transition conformément à la Constitution, dont l'organisation d'une présidentielle le 4 juillet, lui vaut désormais l'inimitié de nombreux manifestants.

Le général Gaïd Salah a martelé cette semaine le refus de l'armée de « s'écarter de la voie constitutionnelle » : une nouvelle fin de non-recevoir aux revendications de la mise sur pied de structures ad hoc pour gérer l'après-Bouteflika.

« Le dialogue ne peut pas se faire avec les symboles du système en place, qui détiennent le pouvoir », a réagi Abdelouahab Fersaoui, président du Rassemblement Action Jeunesse (RAJ), ONG citoyenne, dans un entretien à TSA.

On ne peut pas entamer un dialogue avec un Bensalah, ni avec un Bedoui, ni avec les personnes qui ont été responsables de la situation actuelle.



Le pouvoir continue « à manoeuvrer et à gagner du temps » et « n'a donné aucun signe de bonne volonté pour répondre aux revendications » du mouvement, selon lui.

Un mois presque jour pour jour après la démission, le 2 avril, d'Abdelaziz Bouteflika, le mouvement de contestation inédit déclenché le 22 février ne faiblit pas, mais aucune autre revendication n'a été satisfaite depuis.

Les manifestants refusent toujours que l'appareil hérité du président déchu, suspecté d'avoir truqué les scrutins depuis deux décennies, gère la transition et organise la présidentielle devant élire son successeur.

« On marchera jusqu'à ce que toute la bande des hommes à "Boutef parte" » a affirmé vendredi à l'AFP Hamid Benmouhoub, commerçant de 55 ans, venu de Jijel, à 350 km d'Alger.

« Nous refusons ce système. Il faut qu'il parte », a renchéri Amine, 22 ans, étudiant à Tizi Ouzou, à 100 km de route. Il a passé la nuit chez des amis pour éviter les barrages filtrants mis en place chaque vendredi aux entrées d'Alger.

Aucune partie ne semble prête à céder, et certains observateurs pensent que le pouvoir mise sur un essoufflement de la mobilisation durant le ramadan qui commence dans les prochains jours.

Un mois de jeûne et de privation, durant lequel les Algériens se couchent souvent tard, et au fur et à mesure duquel la fatigue se fait de plus en plus sentir.

« On continuera à marcher durant le ramadan pour exiger une période de transition avec des personnes propres, on ne va rien lâcher », assure, comme de nombreux autres manifestants, Zakia Benabdrahmane, 56 ans, arrivée à Alger avec son époux de Boumerdès, à environ 40 km à l'est de la capitale.

Pour pallier la fatigue, la faim et la soif de la journée, la plupart des manifestants proposent de déplacer pendant le ramadan les marches le soir, après le « ftor », la rupture du jeûne.