Les larmes de Nafissatou Thiam, en colère contre la Ligue belge d’athlétisme
 
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Les larmes de Nafissatou Thiam, en colère contre la Ligue belge d’athlétisme: «Pour eux, j’étais devenue un paquet de fric!»

 Nafissatou Thiam


Publié le 23 Février 2019 | khippi.com




Six mois après son titre européen, l’athlète namuroise, toujours très marquée, est revenue sur le grave incident survenu à Berlin. La confiance avec sa fédération est rompue. Elle estime que chaque ligne de la convention pose problème.



Pendant six mois, elle a porté ça comme un fardeau, sans rien dire. Mais, ce vendredi, Nafissatou Thiam a décidé de sortir du bois. De vider ce qu’elle a sur le cœur depuis l’été dernier et cet incroyable incident survenu lors de l’Euro de Berlin, lorsque les dirigeants de la Ligue belge d’athlétisme (LRBA) ont menacé de la « désinscrire » au beau milieu de son heptathlon pour une histoire de sponsor absent ou trop peu apparent sur son maillot en début de compétition.

Une affaire qui l’a profondément meurtrie et qui lui a fait monter les larmes aux yeux rien qu’à son évocation. « Cela fait huit ans que je représente la Belgique en compétition, jamais je n’ai posé un seul problème… »

Très marquée, par un incident qui s'est déroulé à l'Euro de Berlin l'été dernier, Nafissatou Thiam a décidé de sortir du silence. Lors de cette compétition, la Ligue belge d’athlétisme (LRBA) a menacé l'heptathlonienne de la désinscrire pour une histoire de sponsors absents ou pas assez visibles sur son maillot lors des premières épreuves.

Mécontents les sponsors ont contacté la ligue qui alors mis la pression sur Nafissatou Thiam pour qu'elle porte une tenue spécifique en menaçant de l'exclure. Cette histoire aura donc pu coûter une médaille d'or à la championne belge.

Dans une interview accordée à nos confrères de la DH, elle revient sur cet épisode interpellant.

"J’ai entamé la compétition avec un top de l’année précédente"

"À mon arrivée, j’ai essayé comme à chaque fois les vêtements que je venais de recevoir. Dans mon sac, il y avait deux tops neufs et comme j’ai de bonnes épaules, je tire toujours un peu dessus pour les détendre. L’un d’eux s’est malheureusement déchiré car la qualité, il faut le dire, n’était pas exceptionnelle. J’ai donc entamé la compétition avec un top de l’année précédente, que j’emmène toujours en cas de nécessité, gardant l’autre pour le lendemain", raconte-t-elle.

Le problème pour la Ligue, c'est qu'il s'agissait d'une tenue des Mondiaux de Londres. "Le top ne comportait pas encore le logo du sponsor principal de la LRBA. Puis, après ma troisième épreuve, bien que j’ai croisé plusieurs fois les deux directeurs techniques entretemps, c’est curieusement le kiné de l’équipe qui m’a dit : ‘Stéphanie voudrait que tu changes ton top parce que le logo du sponsor ne figure pas sur le tien’. Je ne sais pas à quel moment les responsables s’en sont rendus compte mais je ne comprenais pas qu’on ne m’ait rien dit avant. J’ai donc changé de top pour le 200m et j’ai fait ma course. Une fois à l’hôtel, mes managers, Kim et Helena, m’ont alors dit que la fédération voulait me retirer de la compétition. Moi, j’étais déjà à bout de nerfs après une journée éprouvante et quand on m’a dit ça, en argumentant que le logo n’était pas assez visible pendant le 200m, je n’ai pas compris… Regardez la taille des tops féminins et celle des dossards !"

"On me voyait comme un paquet de fric", estime Nafissatou Thiam qui voudrait que l’aspect commercial ne prime pas sur le bien-être des athlètes.

La Namuroise explique pourquoi elle n'a pas voulu en parler après son titre à Berlin. "Je n’aime pas les conflits, je n’avais pas envie de me retrouver au milieu d’un scandale", a-t-elle confié.

"Des conditions drastiques"

De son côté, pour ne plus se retrouver dans cette situation, la LRBA a décidé d'imposer des conditions drastiques aux athlètes belges engagés en compétition officielle.

Ces derniers ont l'obligation de porter une tenue définie, mais cette dernière n'a pas prévu d'intégrer les sponsors personnels des athlètes. Or, ce sont ces sponsors qui financent la carrière de ces sportifs. Pour pouvoir faire cohabiter les partenaires, il faut un accord écrit spécifique, délivré par la fédération.

Alors que se profile l'Euro Indoor de Glasgow, la fédération a expliqué que chaque athlète devra, pour pouvoir être sélectionné pour cette compétition, signer un code de conduite qui met en place ces conditions. Si un athlète déroge à cette règle, il ne sera, théoriquement, pas sélectionnable et s'expose à une amende variant de 1.000 à 20.000 euros.

Les athlètes belges se seraient déjà mis d'accord pour ne pas signer ce document, mettant ainsi les instances sous pression.