Woodoo : le bois qui résiste à l'eau et au feu

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Woodoo : le bois qui résiste à l'eau et au feu



Publié le 29 Septembre 2019 | khippi.com




Il est technologiquement renforcé et ne craint ni les inondations ni les incendies. Il a été inventé par Timothée Boitouzet, un jeune architecte français de 32 ans, qui ambitionne de réenchanter l'environnement urbain en préservant la nature

Comment est née la technologie Woodoo ?

Timothée Boitouzet. Face à l’épuisement annoncé des ressources, il est urgent de changer de paradigme. En France, le bois est largement sous-exploité alors que notre pays concentre 17 millions d’hectares de forêt ! Mais il présente des faiblesses structurelles. Avec Woodoo, l’idée est de les compenser par la technologie pour donner de nouvelles propriétés à ce matériau ancestral et durable. Là où 1 000 tonnes de béton produisent 600 tonnes de carbone, le bois en absorbe 980 tonnes.

Quels ont été les principaux défis à relever ?

Inventer un nouveau matériau est un processus de très longue haleine. En 2010, je me suis lancé dans des recherches en chimie et biologie moléculaire à Harvard et au MIT, puis en France à partir de 2012, jusqu’à trouver une solution permettant d’extraire l’air et la lignine [sorte de colle] du bois sans que le matériau ne s’écroule, et d’injecter à la place une résine plus résistante. Après la phase de prototypage, nous allons ouvrir cet automne notre unité de production de 900 mètres carrés à Troyes, situé dans une région très boisée. Notre but étant de sourcer notre bois à proximité des sites de fabrication, pour une empreinte carbone minimisée et un impact environnemental optimisé. Je crois à la fusion de la nature et de la technologie au service de l’innovation.

Où peut-on trouver votre bois augmenté ?

Avec ses propriétés physiques et optiques, il peut donner vie à n’importe quelle surface inerte pour permettre aux hommes d’interagir avec elle. Cela fonctionne par exemple dans les univers du commerce, du luxe ou de l’automobile, pour des packagings ou des tableaux de bord tactiles. A terme, mon but est de l’amener également dans la construction. Vu la pression sociale, démographique et écologique actuelle, il s’agit de penser la ville de demain, dans ses différents visages et usages.

Comment fabrique-t-on un « bois augmenté » ?



1. Délignification

Le bois est principalement composé de fibres, cimentées par une molécule, la lignine, et d’air. La technologie Woodoo permet d’extraire ces deux derniers éléments sans nuire à la structure du bois. Qualifiée d’or vert, la lignine extraite peut être valorisée comme fibre de carbone ou biocarburant, permettant au passage d’optimiser les coûts de fabrication. 2. Imprégnation

Vidé d’une partie de sa substance, le bois est renforcé par l’injection d’une résine biosourcée, qui a pour effet de changer ses propriétés. Le bois augmenté devient alors translucide, imperméable, imputrescible, indéformable, ignifuge, tactilement conducteur et trois fois plus résistant que le bois d’origine. 3. Application

De 0,5 à 1,3 mm d’épaisseur, les plaquages en Woodoo peuvent être thermoformés pour, par exemple, se substituer au plastique et à l’aluminium dans l’automobile (habillage intérieur), l’électronique (interface tactile), le packaging, le design… Et demain dans la construction, en combinaison avec d’autres technologies, comme le CLT (cross laminated timber) ou bois lamellé-croisé. 4. Revalorisation

Issu de technologies vertes, ce biomatériau durable pourra être transformé en copeaux recyclables en fin de vie ou simplement chauffé et à nouveau reformé pour une autre utilisation. A terme, il sera aussi possible d’extraire la résine biosourcée du bois Woodoo pour la recycler.