Les Italiens boudent le blé canadien au glyphosate
 
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Les Italiens boudent le blé canadien au glyphosate

khippi


Publié le 16 Février 2019 | khippi.com




L'utilisation du glyphosate, un herbicide pulvérisé sur le blé dans l'Ouest canadien quelques jours avant la récolte, soulève de plus en plus de questions. Craignant les effets potentiels sur leur santé, les Italiens, qui recherchaient autrefois le blé canadien pour la fabrication de leurs pâtes, lèvent désormais le nez sur cette céréale.



Nous sommes à la fin du mois d'août. Les champs de blés blonds s’étendent à perte de vue sous un immense ciel bleu. À la ferme de Jake Leguee, il n’y a pas une minute à perdre. Le jeune agriculteur cultive plus de 5200 hectares de terre au sud de Regina et la moisson est l’une des périodes les plus critiques de l’année.

Dans certains de ses champs, il est aux prises avec des mauvaises herbes tenaces. Une semaine avant la récolte, il sort l’artillerie lourde : un pulvérisateur de 37 mètres de largeur, doté d’un réservoir de 4500 litres. À l’intérieur se trouve un herbicide à base de glyphosate. Ce désherbant total permet de se débarrasser des pissenlits, des chardons : « Les mauvaises herbes se coincent dans la moissonneuse et elle finit par s’arrêter. Quand elles sont sèches et mortes, ça fonctionne bien mieux. » Cette pulvérisation au glyphosate est homologuée au Canada.

Mais le traitement au glyphosate procure un autre bénéfice. Le blé n’est pas une plante génétiquement modifiée pour survivre à l'herbicide. Quand on le pulvérise, il lui arrive la même chose qu’aux mauvaises herbes : il meurt. Plus besoin de le faucher et d’attendre qu’il sèche comme autrefois. La céréale est prête pour la récolte à une date précise.

« On a semé huit cultures différentes cette année. Alors, c’est très important d’arriver à les récolter rapidement. Le traitement en prérécolte nous aide parce qu’il accélère la moisson », explique Jake Leguee.

Le problème, c’est qu’utiliser le glyphosate pour faire mûrir les champs de blé n’a jamais été approuvé par Santé Canada.

Qu’est-ce que le glyphosate?

Le glyphosate, c’est l’ingrédient actif du Roundup, le produit phare de la compagnie Monsanto. Ce désherbant a la capacité de tuer toutes les plantes avec lesquelles il entre en contact. Commercialisés depuis 1974, les herbicides à base de glyphosate sont aujourd’hui les plus vendus dans le monde. On en pulvérise chaque année plus de 800 000 tonnes à l’échelle de la planète.

L’utilisation accrue du glyphosate est intimement liée à l’invention de plantes génétiquement modifiées pour résister à l’herbicide. Pulvériser au glyphosate permet de se débarrasser des mauvaises herbes, sans nuire à la culture principale. L’introduction des cultures OGM au milieu des années 1990 marque le début d’une nouvelle ère. Aujourd’hui, au Canada, 95 % du canola est génétiquement modifié, tout comme environ 80 % du maïs et 60 % du soya.

Le ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan, la plus importante province productrice de blé au Canada, ne tient pas de statistiques officielles sur l’utilisation du glyphosate, un produit en vente libre. Par contre, le ministère estime que, selon les années, jusqu’à 70 % du blé est traité en prérécolte.

Cette situation ne préoccupe pas Jake Leguee. « Mes enfants mangent ces aliments. Ça ne m’inquiète pas du tout, parce que des agences gouvernementales à travers le monde ont conclu que le glyphosate est sécuritaire », affirme l'agriculteur.

En Italie, on se questionne aussi sur la présence de glyphosate dans la nourriture. Ce pays est traditionnellement l’un des deux plus grands acheteurs de blé dur canadien. Là-bas, la céréale de l'Ouest canadien a longtemps été prisée pour sa forte teneur en protéines, idéale pour la fabrication des pâtes.

De novembre 2017 à août 2018, les exportations de blé dur canadien sont en chute libre. Six mois se passeront même sans qu’aucune cargaison ne soit expédiée vers l’Italie.