Des groupes de patients financés en secret par des pharmaceutiques

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Des groupes de patients financés en secret par des pharmaceutiques



Publié le 6 Mai 2019 | khippi.com






Les groupes de patients défendent-ils vraiment l’intérêt des malades, ou sont-ils influencés par les entreprises pharmaceutiques qui les subventionnent? « La question est légitime », estime le chercheur Joel Lexchin, professeur d'administration de la santé à l’Université York, à Toronto.

Les entreprises pharmaceutiques canadiennes verseraient au moins 8 millions de dollars par année en financement à des associations et groupes de patients au Canada, évalue Joel Lexchin. Et comme il n’y a aucune loi au pays qui oblige les pharmaceutiques ou les groupes de patients à rendre ces dons publics, ces relations financières restent souvent secrètes.

Quand un groupe de patients milite en faveur du financement public d’un médicament, tout en recevant une subvention de la compagnie pharmaceutique qui fabrique ce même médicament, ça devrait éveiller les soupçons.

Joel Lexchin, professeur à l'École de politique et d'administration de la santé de l'Université York

Toutes les entreprises pharmaceutiques au Canada financent, de façon directe ou indirecte, un ou plusieurs groupes de patients. Certaines déclarent volontairement ces liens, d’autres gardent cette information confidentielle.



Christian Noël

Des entreprises pharmaceutiques versent en secret des millions de dollars chaque année à des groupes de défense des droits des patients au Canada. Des dons qui ont généré près de 1900 conflits d'intérêts au cours des dernières années. « Une influence cachée », selon certains, qui soulève des questions sur l'indépendance de groupes de patients.

Les groupes de patients défendent-ils vraiment l’intérêt des malades, ou sont-ils influencés par les entreprises pharmaceutiques qui les subventionnent? « La question est légitime », estime le chercheur Joel Lexchin, professeur d'administration de la santé à l’Université York, à Toronto.

Les entreprises pharmaceutiques canadiennes verseraient au moins 8 millions de dollars par année en financement à des associations et groupes de patients au Canada, évalue Joel Lexchin. Et comme il n’y a aucune loi au pays qui oblige les pharmaceutiques ou les groupes de patients à rendre ces dons publics, ces relations financières restent souvent secrètes.

Quand un groupe de patients milite en faveur du financement public d’un médicament, tout en recevant une subvention de la compagnie pharmaceutique qui fabrique ce même médicament, ça devrait éveiller les soupçons.

Joel Lexchin, professeur à l'École de politique et d'administration de la santé de l'Université York Toutes les entreprises pharmaceutiques au Canada financent, de façon directe ou indirecte, un ou plusieurs groupes de patients. Certaines déclarent volontairement ces liens, d’autres gardent cette information confidentielle.

Il ne faut pas mettre tous les groupes de patients dans le même panier. Certains sont plus transparents que d’autres au sujet des dons reçus. Et il y a des entreprises pharmaceutiques qui dévoilent ces dons de façon volontaire. Mais l’absence de règles précises sur le sujet au Canada laisse une grande zone d’ombre que certains trouvent préoccupante.

Ça gruge l’intégrité du système de santé, ça crée des pressions sur les décideurs, et ensuite les gens n’ont plus confiance, parce que ça manque de transparence.

France Gélinas, porte-parole en matière de santé, NPD de l'Ontario



La Montréalaise Cheryl-Anne Simoneau a été la cible de pressions d'entreprises pharmaceutiques dont elle recevait du financement alors qu’elle dirigeait la Société de la LMC – la leucémie myéloïde chronique, une forme rare de cancer du sang et de la moelle osseuse, dont elle est atteinte depuis près de 20 ans.

Les entreprises « voulaient nous influencer », dit-elle, afin de discréditer les nouveaux médicaments génériques d’un concurrent qui coûtaient une fraction du prix du produit d’origine.

La compagnie voulait absolument qu’on dise que ce nouveau médicament était dangereux et pouvait causer des problèmes de santé pour les patients. Alors que ce n’était pas du tout notre position.

Cheryl-Anne Simoneau, fondatrice de la Société de la LMC

« On a toujours résisté à ces pressions », affirme Mme Simoneau, même si la Société de la LMC recevait du financement des pharmaceutiques. « On ne voulait pas faire peur à nos patients sans raison. »

D’autres groupes de patients contactés par Radio-Canada soutiennent également avoir été la cible de pressions semblables. Malgré leur financement par des entreprises pharmaceutiques, ces groupes insistent pour maintenir leur indépendance.

Certaines pharmaceutiques n’aiment pas notre approche, et devinez quoi? Elles ont cessé de nous financer. C’est comme ça que ça fonctionne.

Cheryl Koehn, présidente d'Arthritis Consumer Experts

Il y a quelques années, la Société de la LMC a décidé de ne plus accepter de subventions de l’industrie pharmaceutique afin d’éliminer toute apparence de conflit d’intérêts. « On voulait rester indépendants et vraiment parler au nom des patients, explique Cheryl-Anne Simoneau. Et éviter tout conflit d'intérêts ou apparence de conflit d’intérêts. »

1896 conflits d’intérêts déclarés

Il existe des centaines de médicaments pour lutter contre le cancer, l’arthrite, les problèmes intestinaux, l’asthme, les maladies rares, etc. Des médicaments qui coûtent parfois très cher. Et qui doivent au préalable être approuvés par le Programme commun d’évaluation des médicaments. Les groupes qui représentent les malades peuvent se prononcer pour ou contre l’approbation de ces médicaments.

Au cours des six dernières années, les groupes de patients qui participent au Programme commun d’évaluation ont déclaré un total de 1896 situations de conflit d’intérêts avec une ou plusieurs entreprises pharmaceutiques, selon une récente étude réalisée par Joel Lexchin.

Et les associations de patients qui ont reçu des subventions de l’industrie pharmaceutique plaident, la plupart du temps, en faveur des fabricants de médicaments, selon l’étude.

« Il n’y a pas nécessairement de relation de cause à effet », reconnaît Joel Lexchin. Mais le manque de transparence de l’industrie et de certains groupes soulève quand même des questions.